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Les 5 couleurs du sheltie
Les aventures d'ORTIE-NIAQUE de Chiroulet en stage troupeau
Depuis que ma petite chienne Ortie avait brillamment réussi ses tests lors du Certificat d'Aptitudes Naturelles au Troupeau (CANT), j'avais bien envie de faire un stage avec elle, juste pour lui donner la possibilité de s'amuser et, il faut bien l'avouer, parce que j'étais fière de posséder un shetland qui faisait dire aux juges : "Quel dommage, cette chienne ne gardera jamais de troupeau !"

Ortie avait eu la possibilité de rencontrer des brebis chez le juge Pierre Legatt, qui avait vu immédiatement qu'elle avait un "midi-6 heures" inné, c'est-à-dire qu'elle se plaçait naturellement derrière le troupeau par rapport au conducteur. Comme elle basculait de droite à gauche derrière les brebis, il ne restait plus qu'à marcher devant le troupeau pour "tirer" celui-ci dans la direction voulue.

Ortie avait une vraie passion pour le travail et, face aux moutons, elle oubliait même sa réserve naturelle vis-à-vis des étrangers. Pour le plaisir d'être lâchée derrière les bêtes, elle laissait sur la touche ses maîtres et partait avec le berger, qui lui, sachant se placer au milieu de son troupeau, menait ses brebis avec Ortie comme il le souhaitait. Fière de mon petit génie, je décidais donc de m'inscrire à un stage chez Gérard Lalande à Salles en Gironde, en avril 2001, puisque celui organisé par notre club se tenait à plus de 1200 km de chez nous.

Je connaissais déjà Gégé Lalande du temps où il éduquait des chiens pour l'ANECA : mon fils Patrick avait pris en pension un chiot Golden Retriever pour le préparer à sa destination de chien pour handicapé. Pendant 18 mois, "Luna" et Patrick fréquentaient donc deux fois par semaine l'école de l'ANECA. J'ai pu observer l'éducation remarquable que cette chienne acquit sous les ordres de Gégé. D'ailleurs Luna est depuis longtemps déjà la meilleure amie d'un petit garçon handicapé dans le Nord.
Je pense que Gégé Lalande, dans une autre vie auparavant, avait dû être chien. Probablement un sacré "cabot", qui faisait sûrement ce qu'il voulait... avec les humains ! Gégé connaît tellement bien les chiens et très vite leurs maîtres, qu'il anticipe toutes les réactions des uns et des autres.
Nous voilà donc partis pour 4 jours de stage, en compagnie d'un berger des Pyrénées, d'un briard, d'un beauceron, d'un border collie, d'une malinoise et de Korben, frère de portée d'Ortie, qui lui aussi avait réussi un excellent CANT.
Mardi matin, le temps était menaçant, mais il ne pleuvait pas. Premiers lâchés sur les bêtes enfermées dans un cercle clos pour observer le comportement des chiens stagiaires. Pleine de fougue, ma petite Ortie n'avait rien à envier aux grands ! Elle tournait autour du troupeau et se laissait "inverser" sans problème. Le rappel au pied n'était pas parfait : elle avait tellement envie de rester près des brebis...
Débutaient alors les premières séances d'obéissance ! Le matin, Gégé, ancien professeur, nous avait fait un cours théorique, expliquant ce que nous serions amenés à demander à nos chiens, en trois étapes : "Un chien de berger sert à aller chercher un troupeau, à l'immobiliser et à le déplacer. Pour cela le chien doit avoir un Stop couché infaillible à tout moment, même loin de son maître. Plus tard, il aura besoin de connaître sa droite et sa gauche par rapport au troupeau. Il devra apprendre les commandements : Pousse, Recule et Doucement".
Nous avons donc travaillé le "stop couché", position très vite acquise par les autres chiens, qui pratiquaient tous ou l'agility ou l'obéissance. Mais Ortie, qui n'avait jamais rien fait d'autre que de gambader insouciante à travers sa petite vie de chien de compagnie, ne comprenait pas ce qui lui arrivait et se montrait plutôt têtue ! Heureusement qu'après 5 minutes de discipline sévère, il y avait ces séances de récréation, durant lesquelles elle avait le droit de galoper autour des moutons dans le cercle, ce qui lui redonnait de la "niaque" et de la joie de vivre, enfin cette motivation qu'il fallait absolument lui conserver, si nous voulions poursuivre notre aventure !
Le mercredi commençait très mal ! Pendant la nuit il était tombé des trombes d'eau ! A 9 heures l'orage grondait et il pleuvait, pleuvait, pleuvait... Gégé, pas plus motivé que nous pour aller se tremper, nous proposait un cours de théorie sur les brebis, leur entretien, les races à viande ou à lait, et nous avons appris, que de nos jours, la laine des brebis ne rembourse même pas les frais de tonte.
Vers 11 heures il cessait enfin de pleuvoir et toute la troupe était heureuse de sortir ; mais voilà que commençait la galère pour Korben et Ortie ! Le troupeau, c'était génial, tourner autour du cercle, c'était un jeu bien amusant pour eux, mais exécuter l'ordre "stop couché" dans l'eau, dans la boue…! Pour Korben, il n'en était pas question, lui qui faisait un grand détour autour de chaque flaque d'eau (même en concours d'obéissance, au grand désespoir de sa maîtresse) perdait très vite goût pour ces exercices et allait chercher un petit bout de bois, le posait devant sa maîtresse, et avait l'air de lui dire : "Allez, ça suffit ! On joue à autre chose !"
Ortie, plus soumise que Korben, obéissait, mais sans enthousiasme. Seul le contact avec le troupeau, même à travers le cercle, lui redonnait envie de continuer. Et pour démotiver encore un peu plus nos petits Shetland, voilà qu'une brebis, que nous appelions "Tête Rousse", distribuait un "coup de boule" bien placé et ma petite Ortie prenait le large avec beaucoup de "kaï-kaï" !
Je ne sais pas si Tête Rousse avait un "QI" plus élevé que ses congénères, mais cette peste avait très bien vu qu'elle n'avait pas intérêt à baisser la tête devant Jade, la malinoise, ou Rio, le border, qui eux n'auraient pas hésité une seconde pour se faire respecter, à coup de dents s'il le fallait ! Mais voilà, nos 8 kg et demi de petits chiens bien courageux (mais pas fous) face à 90 kg de mouton, bien habitué à toute sorte de chiens, avaient bien du mal à se faire respecter. Même si Ortie revenait courageusement derrière le troupeau et le poussait bien, elle s'écartait en vitesse lorsqu'une brebis l'attendait tête baissée. Et Tête Rousse semblait prendre un malin plaisir à attendre les petits chiens, alors qu'avec les grands elle était noyée dans le troupeau !
Après le repas de midi, au cours duquel nous parlions "chien" bien sûr, nous reprenions le chemin vers les champs, mais pas en direction des brebis, mais vers les canards ! Les canards, nous expliquait Gégé, ont le même comportement en groupe que les moutons : ils se regroupent pour former un troupeau, qui se guide comme les brebis. Vous imaginez qu'il soit dans un cercle et vous envoyez votre chien derrière. Après vous "l'inversez". Vous marchez devant. Essayez de passer entre les cônes en slalom et vous revenez ici. Lorsque votre chien sera à peu près calme, vous essayerez d'obtenir un "stop couché", bien derrière les canards !
Comme cela avait l'air facile ! Surtout lorsque Gégé nous montrait l'exercice avec Rio, le border... Mais après, les uns après les autres essayaient, et qu'est ce que nous avons ri ! Des canards qui galopaient, des chiens qui s'éclataient, des plumes qui volaient, une Karine qui s'étalait… et un Gégé stoïque qui maîtrisait ! Il évitait les "meurtres", rassemblait ses pauvres canards qui ne pensaient qu'à s'échapper en direction de leur volière, et finissait par nous apprendre à tempérer la fougue de nos chiens.
Jade, la malinoise, avait besoin d'entendre claquer le fouet de temps en temps pour éviter qu'il n'y ait du canard au menu du soir, par contre nos Shetland se montraient très doués. Ortie attendait son tour tremblante de la pointe des oreilles jusqu'au bout de la queue, en piaffant d'impatience, pendant que les autres chiens travaillaient mais, lâchée sur les canards, elle les conduisait calmement, à bonne distance. Les canards marchaient tranquillement, sans tirer la langue ni battre des ailes, signe qu'ils ne stressaient pas.
A la fin de la journée, tous les chiens étaient capables de diriger un troupeau d'une quinzaine de canards sur un petit parcours comprenant le passage entre deux barrières, un slalom entre 4 cônes, un autre passage sur un pont imaginaire. L'immobilisation du troupeau et un "stop couché" pour finir. Inutile de vous dire que je n'étais pas peu fière de ma petite chienne ! Le soir nous avons fait une ballade à Biscarosse. Les chiens étaient heureux de courir dans le sable, le long de l'océan, et les pattes crottées de fumier et de boue redevenaient bien blanches.
Le lendemain matin, pas de pluie, mais des Shetland un peu trop réservés face aux brebis ! Pour les remotiver, Gégé a sorti du cercle un gros agneau et ils pouvaient donc courser celui-ci, sans risquer de se faire charger. Gégé avait d'ailleurs gardé Tête Rousse à la bergerie.
Après, nous avons chacun à notre tour sorti le troupeau du cercle et conduit sur un petit parcours. Ortie poussait bien et s'inversait bien, mais elle ne voulait plus trop s'approcher des bêtes. Il fallait l'encourager beaucoup pour qu'elle ne laisse pas trop de distance entre elle et les brebis. Prudente, elle observait le troupeau et, au premier écart d'une brebis, elle se déportait, alors qu'avant elle se serait jeté sur la bête en question ! Le coup de tête pris la veille était encore bien présent dans sa mémoire. Alors il a fallut beaucoup d'encouragements et l'aide de Gégé pour ramener le troupeau dans son cercle... et je crois qu'Ortie était soulagée lorsqu'elle faisait son "stop couché" devant le portail bien fermé derrière les brebis qui l'observaient avec leurs yeux clairs !
Jusqu'à la fin du stage, je participais surtout aux exercices avec les canards. Ortie s'amusait et commençait à apprendre la droite et la gauche par rapport au troupeau. Elle poussait les canards doucement ou plus vite, et nous faisions des petits parcours presque sans faute. Toutes les deux, nous avons beaucoup appris. Ortie, surtout à obéir et moi, à regarder les concours de troupeau avec un oeil bien différent.
Je pense que cette discipline est dans le sport canin certainement une des plus intéressantes. Gérer la motivation du chien, l'excitation permanente, n'est pas chose facile. L'obliger à obéir, à se soumettre, sans jamais "casser" cette motivation, demande une bonne dose de psychologie canine. En fait, les meilleures aptitudes naturelles de nos chiens ne nous servent à rien si nous n'avons pas un décodeur ! Sans un bon éducateur, rien n'est possible.
Nous voilà rentrées à la maison et ma petite Ortie se repose dans son panier. De temps en temps ses petites pattes sursautent, elle court en dormant ! Je donnerais cher pour savoir si dans ses rêves elle pousse les canards ou si elle fuit les moutons.
Article de Karin DUPUY